La liste des 30 maladies prises en charge à 100 correspond aux affections de longue durée (ALD) dites exonérantes : des pathologies chroniques graves pour lesquelles l’Assurance Maladie supprime le ticket modérateur sur les soins directement liés à la maladie. Ce dispositif, créé dès 1945, repose sur un mécanisme précis que les patients ont tout intérêt à maîtriser pour éviter les mauvaises surprises sur leurs remboursements.
Ce que couvre réellement la prise en charge à 100 % en ALD exonérante
La formule « prise en charge à 100 % » est techniquement exacte mais délimitée. Le remboursement intégral s’applique sur la base des tarifs de la Sécurité sociale, pas sur la facture réelle du praticien. Les dépassements d’honoraires restent à la charge du patient, sauf couverture complémentaire.
Plusieurs frais ne sont pas absorbés par l’ALD, même en situation d’exonération du ticket modérateur :
- Le forfait hospitalier lors d’une hospitalisation, qui n’est pas supprimé automatiquement par le statut ALD.
- Les franchises médicales et la participation forfaitaire sur les consultations, qui continuent de s’appliquer.
- Les soins sans rapport avec l’ALD reconnue, remboursés aux taux habituels et non à 100 %.
Ce dernier point est fréquemment mal compris : l’exonération ne couvre pas la totalité des dépenses de santé du patient, uniquement les soins inscrits dans le protocole de soins établi pour l’affection concernée. Une grippe, une entorse ou un soin dentaire courant restent soumis aux règles ordinaires de remboursement.
Liste officielle des 30 maladies ALD exonérantes
La liste est fixée par décret. Elle comprend actuellement les affections suivantes, l’hypertension artérielle sévère en ayant été retirée mais le nom « ALD 30 » étant conservé par usage :
- Accident vasculaire cérébral invalidant
- Insuffisances médullaires et autres cytopénies chroniques
- Artériopathies chroniques avec manifestations ischémiques
- Bilharziose compliquée
- Insuffisance cardiaque grave, troubles du rythme graves, cardiopathies valvulaires graves, cardiopathies congénitales graves
- Maladies chroniques actives du foie (hépatite B ou C) et cirrhoses
- Déficit immunitaire primitif grave nécessitant un traitement prolongé, infection par le VIH
- Diabète de type 1 et diabète de type 2
- Formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie), épilepsie grave
- Hémoglobinopathies, hémolyses chroniques constitutionnelles et acquises sévères
- Hémophilies et affections constitutionnelles de l’hémostase graves
- Maladie coronaire
- Insuffisance respiratoire chronique grave
- Maladie d’Alzheimer et autres démences
- Maladie de Parkinson
- Maladies métaboliques héréditaires nécessitant un traitement prolongé
- Mucoviscidose
- Néphropathie chronique grave et syndrome néphrotique primitif
- Paraplégie
- Vascularites, lupus érythémateux systémique, sclérodermie systémique
- Polyarthrite rhumatoïde évolutive grave
- Affections psychiatriques de longue durée
- Rectocolite hémorragique et maladie de Crohn évolutives
- Sclérose en plaques
- Scoliose idiopathique structurale évolutive
- Spondylarthrite grave
- Suites de transplantation d’organe
- Tumeurs malignes, affections malignes du tissu lymphatique ou hématopoïétique
- Tuberculose active, lèpre
- Maladies neuromusculaires

Le protocole de soins et l’ordonnance bizone : deux outils à surveiller
La reconnaissance en ALD se matérialise par un protocole de soins, établi par le médecin traitant en concertation avec les spécialistes concernés. Ce document définit précisément les soins pris en charge à 100 % au titre de l’affection. Un protocole non actualisé peut entraîner des refus de remboursement si le traitement évolue sans que le document soit mis à jour.
L’ordonnance bizone découle directement de ce protocole. Elle sépare les prescriptions liées à l’ALD (zone haute, exonérée du ticket modérateur) de celles qui n’y sont pas rattachées (zone basse, remboursées aux taux habituels). Toute prescription hors ALD inscrite en zone haute peut être requalifiée par le contrôle médical.
En cas de modification du traitement – nouveau médicament, ajout d’un acte technique, changement de spécialiste suivi – il est donc utile de vérifier avec le médecin traitant si le protocole doit être révisé avant de présenter les feuilles de soins.
Maladies hors liste ALD 30 : l’ALD hors liste reste possible
Une pathologie absente de la liste des 30 affections peut malgré tout ouvrir droit à une exonération du ticket modérateur. L’ALD hors liste concerne les maladies rares ou les situations nécessitant un traitement long et coûteux sans figurer dans le catalogue officiel. La décision appartient au service médical de l’Assurance Maladie, sur proposition du médecin traitant.
Ce mécanisme distinct est souvent méconnu. Il s’applique notamment à certaines maladies orphelines ou à des formes atypiques de pathologies qui ne remplissent pas exactement les critères d’une ALD 30 identifiée. La démarche est identique : le médecin traitant initie la demande, le médecin-conseil de la caisse statue.
Durée de reconnaissance et renouvellement de l’ALD
La reconnaissance en ALD est accordée pour une durée déterminée, fixée en fonction de la pathologie et de la situation clinique du patient. Elle n’est pas permanente par défaut : à l’échéance, un renouvellement doit être demandé si les soins restent nécessaires. Le nombre de renouvellements n’est pas plafonné.
Pour les maladies chroniques évolutives comme la sclérose en plaques, le diabète de type 1 ou les affections psychiatriques de longue durée, la durée accordée est généralement longue. Pour des situations post-traitement, comme les suites de transplantation ou certains cancers en rémission, la durée peut être plus courte et le renouvellement conditionné à une réévaluation médicale.
Le statut ALD ne se renouvelle pas automatiquement. C’est au patient, accompagné de son médecin traitant, d’anticiper l’échéance pour éviter toute interruption de la prise en charge à 100 % sur les soins liés à l’affection reconnue.