Le calendrier des examens médicaux ne se résume pas à une visite annuelle chez le généraliste. Entre les 20 examens obligatoires de l’enfant jusqu’à 16 ans, les bilans de prévention adultes désormais pris en charge et les dépistages organisés par tranche d’âge, la chronologie précise de chaque rendez-vous conditionne l’efficacité du suivi. Nous détaillons ici les points de vigilance que les calendriers simplifiés laissent de côté.
Dépistage cardio-neuro-vasculaire à 6 ans : ce que change le nouveau carnet de santé
Depuis le 1er janvier 2025, un nouveau carnet de santé est remis à la naissance. Il intègre une visite médicale obligatoire à 6 ans avec des repères actualisés sur le développement social, cognitif et moteur.
La nouveauté réside dans l’ajout d’un dépistage cardio-neuro-vasculaire précoce dans l’année suivant le sixième anniversaire. Cette orientation cible les risques cardiovasculaires héréditaires, un angle rarement abordé dans les calendriers pédiatriques classiques qui restent centrés sur la croissance, la vaccination et la vision.
Nous recommandons de ne pas traiter cette visite de 6 ans comme une simple formalité scolaire. C’est le moment de signaler au médecin tout antécédent familial d’hypercholestérolémie ou de cardiopathie précoce. Le repérage à cet âge permet d’orienter l’enfant vers un bilan lipidique ciblé si nécessaire, bien avant l’adolescence.
Examens obligatoires de l’enfant : calendrier réel des 20 rendez-vous
Les 20 examens de santé de la naissance à 16 ans sont pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais (hors dépassements d’honoraires éventuels). Ils peuvent être réalisés par un médecin généraliste, un pédiatre en cabinet libéral, en centre de santé, ou en PMI jusqu’à 5 ans révolus.
Leur contenu dépasse largement la pesée et la mesure de taille. Chaque consultation couvre :
- La courbe de croissance et le développement physique, psychique et comportemental, incluant la vie affective de l’enfant
- Le dépistage des troubles sensoriels (vue, audition), des troubles du langage, du neurodéveloppement et des troubles psychiques comme l’anxiété
- La vérification du statut vaccinal avec administration des vaccinations obligatoires et recommandées
- L’évaluation des comportements et environnements favorables à la santé, notamment l’exposition aux écrans et l’activité physique
Trois examens donnent lieu à un certificat de santé obligatoire : celui des 8 premiers jours (CS8), celui du 9e mois (CS9) et celui du 24e mois (CS24). Leur caractère obligatoire explique qu’ils ne peuvent être ni reportés ni omis.

Mon bilan prévention : quatre tranches d’âge pour les examens adultes gratuits
Le dispositif « Mon bilan prévention », entré en vigueur fin 2024 avec une montée en charge en 2025-2026, structure enfin la prévention adulte. Il propose un rendez-vous intégralement pris en charge, sans avance de frais, pour quatre tranches d’âge : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans.
Chaque bilan dure entre 30 et 45 minutes. Le contenu aborde systématiquement le sommeil, l’alimentation et les facteurs de risque spécifiques à la tranche d’âge concernée. L’inclusion récente des kinésithérapeutes parmi les professionnels habilités à réaliser ce bilan vise à repérer plus tôt les fragilités musculo-squelettiques et à prévenir la perte d’autonomie chez les plus de 60 ans.
Tranches d’âge et priorités cliniques
Pour les 18-25 ans, le bilan cible la santé sexuelle, les addictions et la santé mentale. À 45-50 ans, la priorité bascule vers le risque cardiovasculaire, le dépistage du diabète et l’entrée dans les programmes de dépistage organisé du cancer.
Les bilans 60-65 ans et 70-75 ans se concentrent sur le maintien de l’autonomie fonctionnelle, le repérage des troubles cognitifs débutants et l’adaptation des traitements chroniques. Le bilan de 45-50 ans marque un tournant dans le suivi : c’est le moment où le bilan sanguin lipidique et glycémique devient systématique même en l’absence de symptômes.
Bilan sanguin et dépistages récurrents : fréquences réelles à respecter
Le bilan sanguin complet comprend le dosage des globules blancs, rouges et plaquettes pour écarter une anémie ou une infection, le taux de créatinine pour évaluer la fonction rénale, la glycémie pour détecter un diabète et l’exploration des lipides sanguins (LDL-cholestérol, HDL-cholestérol, triglycérides).
La fréquence recommandée est de tous les trois ans en population générale. Elle passe à une fois par an en cas de surpoids, d’hypertension ou d’antécédents familiaux de diabète de type 2. Nous observons que cette annualisation est sous-prescrite : de nombreux patients à risque conservent un rythme triennal par habitude.

Dépistages par organe à ne pas décaler
Le suivi dermatologique, ophtalmologique et dentaire obéit à des rythmes propres, indépendants du bilan sanguin. Le contrôle de la vue mérite une attention particulière chez l’enfant dès la maternelle, où un dépistage visuel par orthoptiste permet de repérer précocement amblyopie et strabisme.
- Examen dentaire : au minimum une fois par an, avec un bilan spécifique pris en charge à certains âges clés dans le cadre du dispositif M’T dents
- Contrôle ophtalmologique : tous les deux à trois ans en l’absence de trouble, annuel dès qu’une correction est prescrite
- Examen cutané : à programmer si présence de nombreux grains de beauté, antécédents familiaux de mélanome ou exposition solaire intense
L’auscultation cardiaque et pulmonaire, la prise de tension et la vérification des réflexes restent le socle de la consultation annuelle chez le médecin traitant. Ce rendez-vous permet de repérer les signaux faibles : prise ou perte de poids inexpliquée, essoufflement, fatigue accrue ou sommeil dégradé.
Le respect de ce calendrier mois par mois, de la naissance aux bilans de prévention adultes, transforme le suivi médical en outil de détection précoce. Chaque examen manqué retarde un diagnostic potentiel, et les dispositifs de prise en charge à 100 % suppriment l’argument financier. Aux patients désormais de prendre rendez-vous.